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J’ENTENDS DES CHANTRES DE MALHEURE...
Quel est donc le ton de ces dramatiques mélopées, lorsqu’elles sont déclinées sur la thématique du sacré ? Leur creuset est évidemment la crise de l’Eglise - hélas combien réelle. Mais sur ces lèvres chagrines, tout se dramatise. Puisque l’Eglise semble délaissée par ses ministres, peut-on encore, en toute vérité, les appeler ministres ? Et voici que le "tout est pourri" se met à sévir : les prêtres sont-ils seulement prêtres, les évêques encore évêques et le pape encore pape ? A ces yeux inquisiteurs, rien n’est moins sûr. La méfiance est totale, la suspicion devenue règle, le jugement omniprésent. En un mot, nous voici revenu à l’ère du doute universel ! C’est dire combien il est vain de s’essayer à raisonner ces pourfendeurs. Leur souci n’est pas d’ordre théologique, quoiqu’ils en disent Chez eux, les mots savants ne sont que paravents. Car le doute n’est pas une attitude de l’intelligence, mais un choix de la volonté, Descartes, maître en la matière, l’a suffisamment expliqué. Le problème de ces boutefeux n’est donc pas d’ordre intellectuel. Il relève d’une attitude morale. Il s’appelle orgueil. Car la réalité est là, incontournable : s’ériger en théologien parce que l’on connaît son catéchisme est tout aussi prétentieux que de s’estimer chirurgien parce qu’on possède un brevet de secourisme. L’erreur première n’est pas le manque de connaissance, mais l’exubérante prétention de ces touche-à-tout qui jugent de chacun. Jouer les apprentis sorciers est aussi dangereux qu’orgueilleux. Ces lugubres attitudes laissent terriblement esseulé. La chose est évidente : à douter de tout, on se méfie de chacun. Adieu, donc, la paix et la joie de la charité, le rayonnement, de la vérité. Il ne reste que trouble, tristesse et dureté, tous trois caractéristiques des puissances ténébreuses. Reste à savoir comment secourir ces chantres de l’Eglise éclipsée. Commençons par remarquer ceci : curieusement, ces tristes mélodies multiplient leurs couplets, mais n’avouent jamais leur refrain. Ce dernier ne compte que deux mots : « sauf moi ! ». Tout est foutu sauf moi, tous se trompent sauf moi, tous ne sont que des méchants sauf moi... Tel est le vrai discours, même s’il est dur de se l’avouer. Le reconnaître est pourtant salutaire ; il ne reste alors au « sauf moi ! » qu’à se muer en « Sauve moi ! ». « Seigneur, sauve moi ! » : cette seule parole, et l’aveugle sera guéri. Abbé Patrick de LA ROCQUE
HISTOIRE LOCALEL’AFFAIRE DES SAINTS DU COMMINGESLes atteintes à la piété filiale que nous devons envers les saints vénérables de nos diocèses ne datent pas d’aujourd’hui, et la réaction d’une partie saine du clergé non plus. En témoigne l’affaire des saints du Comminges qui se produisit en 1938. La congrégation des Rites demanda aux Ordinaires de revoir certaines leçons des propres diocésains afin qu’elles soient plus conformes aux données historiques. Hélas, Mgr Saliège, archevêque de Toulouse, confia ce travail à deux professeurs aux idées déjà avancées : M. l’abbé Ducros, professeur à l’Institut, et M. l’abbé Delaruelle, professeur au grand séminaire. Ce que nous appelons idées avancées à l’époque n’est qu’un rhume comparé à ce que nous voyons présentement, un véritable cancer. A la suite de leur examen, ces professeurs proposèrent la suppression dans le calendrier de plusieurs saints dont l’existence ne reposait sur aucun texte historique, faisant fi de la Tradition et de la piété filiale envers ces saints. C’étaient pour la plupart des saints du Comminges martyrisés à l’époque des invasions sarrasines, au 7ème et 8ème siècle. Le nouveau propre diocésain fut accepté ainsi, expurgé et publié dans le diocèse en 1938. C’est ainsi qu’on apprit la disparition du calendrier diocésain de quatre titulaires : saint Gaudens, saint Sabin, saint Cizi et saint Vidan. La chose produisit un certain émoi, fait de déception et de regret, dans la partie la plus traditionnelle du clergé et surtout dans les paroisses les plus directement concernées. Elle provoqua des critiques de la part des rédacteurs de la "Revue historique de Toulouse". Mgr Tournier, curé de saint Sernin, traduisit son mécontentement dans son bulletin paroissial en exprimant publiquement la fidélité de sa vénération et de sa prière aux Saints exclus du calendrier. Cette prise de position, qui avait allure de protestation, exaspéra Mgr Saliège : il y vit un défi à son autorité épiscopale. Ainsi un jour de confirmation à Saint Gaudens, Mgr Saliège, venant de Montréjeau, eut sa voiture en panne. Il eut une heure de retard. Ce qui mit le désordre dans la cérémonie. Au déjeuner qui suivit, un curé du doyenné, mi-souriant, mi-sérieux, dit à Mgr Saliège : "Ce sont les saints du Comminges qui ont voulu se venger." L’archevêque ne répondit pas. L’occasion lui fut offerte de manifester sa désapprobation. Mgr Marceillac, évêque de Pamiers, célébrait le 2 juin 1938, dans sa cathédrale, son jubilé d’ordination sacerdotale. Plusieurs prêtres de Toulouse, condisciples ou amis de Mgr Marceillac, étaient venus participer à la cérémonie. Mgr Saliège y vint aussi, naturellement : le jubilaire était son suffragant. En descendant de la voiture, il vit le groupe des prêtres toulousains, réunis devant le parvis de l’église. Il alla vers eux et son mécontentement éclata dans un accès de colère. Il eut pour les défenseurs des saints et le curé de Saint-Sernin en particulier, des termes d’une violence et même d’une grossièreté qu’on n’avait jamais entendue de sa bouche. Les prêtres de Toulouse, habitués aux sautes d’humeur de leur archevêque, n’en furent pas tellement impressionnés. Ils en rirent et s’en amusèrent. Mais l’incident fit le tour du diocèse et devint même légendaire. Quelques jours plus tard, la réconciliation eut lieu. Mgr Tournier vint à l’archevêché donner des explications. L’archevêque et lui, dit-on, s’embrassèrent. Mais la question des saints supprimés resta plusieurs années encore un sujet de rancœur dans une partie du clergé, surtout du clergé commingeois. Ayons envers les saints patrons de nos diocèses une grande vénération, saint Saturnin pour Toulouse, sainte Cécile, patronne du diocèse d’Albi, pour Castres. Croyons en leur particulière protection. Imitons les anciens qui ne se laissèrent pas déposséder de leurs saints patrons avec indifférence mais sauvèrent l’honneur de leurs paroisses contre ceux qui, déjà, voulaient imposer leur lecture critique et impie de ce que des siècles de foi leur avaient apporté. Abbé François FERNANDEZ
LE CAREME ET MOILe carême arrive toujours au mauvais moment. L’Eglise nous demande de faire un effort pour pratiquer la pénitence alors que nous abordons la période la plus difficile de l’année. L’hiver se fait long, la fatigue s’accumule et les grandes vacances sont encore loin. Il n’est guère étonnant, alors, que notre carême soit un peu sommaire. Et puis notre conscience se réveille. Elle nous reproche notre manque de ferveur. Le corps crie pitié mais la liturgie ne nous laisse pas de répit : nous sommes pécheurs, et nous devons faire pénitence. Le carême devient alors une période de spleen spirituel. A la fatigue physique s’ajoute une fatigue morale. Une anxiété spirituelle pèse sur nous, et à bonne raison. Notre Seigneur a tant souffert pour nous, non seulement au moment de sa Passion mais aussi durant toute une vie particulièrement rude. Que lui offrons-nous en retour ? En vérité, bien peu. Ce spleen s’accentue alors pour se transformer en chagrin. Nous sommes tristes de ne pas vivre à la hauteur de notre vocation chrétienne. Notre ferveur était plus fraîche et plus spontanée autrefois, aujourd’hui elle est lourde et répétitive. Et puisque cet état d’âme s’y prête, nous voilà tristes aussi en remarquant que nous ne vivons même pas à la hauteur de notre « vocation humaine », c’est-à-dire de nos rêves et projets de jeunesse. Nous avions rêvé d’un époux ou épouse parfaite.... Nous avions projeté telle carrière professionnelle, et voilà que la vie nous a joué un tour. Un sentiment de frustration nous guette. Décidément, on est souvent de mauvaise humeur en Carême ! Chez certains cette mauvaise humeur déborde bien au-delà. Le poète anglais Milton explique en effet qu’aux heures où le sentiment d’impuissance ou d’échec nous guette, quatre démons se mettent en lisse pour nous trouver une solution. Moloch pousse la victime à la colère noire et incontrôlable, en ébullition constante, celle qui fait de l’infortuné un écorché vif ! Bélial conseille plutôt d’oublier, de noyer sa tristesse dans l’alcool et la drogue. Mammon préfère encourager le malheureux à substituer à son bonheur perdu une autre passion tout aussi enivrante : le plaisir, le pouvoir ou la prestige. Enfin Béelzébub prône le réalisme : notre vie est misérable. On ne peut y échapper. Faisons alors participer les autres à cette misère ! Face à la déception, quel remède propose notre Bon Sauveur ? Il est aussi classique que l’aspirine : Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il se renonce lui-même, qu’il prenne sa croix et me suive. Nous avons entendu des centaines de fois cette phrase. C’est normal, car elle renferme le secret de la sainteté et du bonheur. Notre croix n’est pas nécessairement notre prochain, ou notre travail, ou notre épouse ou époux, ou le monde païen, ou une tentation particulière. Notre croix peut très bien être nous-mêmes ! En effet nous nous traînons bien souvent, et en des moments de lucidité particulière nous nous répugnons à nous-mêmes. Au fond, nous savons que nous ne méritons pas mieux : la vie nous rend peu, car nous avons peu donné. Mais Notre Seigneur insiste, comme s’il disait : Peu importe ! Suivez-moi avec votre croix, c’est à dire comme vous êtes, avec vos faiblesses, vos blessures, votre manque de ferveur et vos chutes fréquentes. Car je vois bien que vous êtes fatigués, que vous ployez sous le fardeau. Il nous faut passer par ce néant du moi pour atteindre le tout de Dieu. Le salut des âmes passe toujours par ce même schéma : si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il demeure seul; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit. La Passion fut le prélude nécessaire à la Résurrection. On ne peut pas y échapper : nous devons haïr notre vie en ce monde afin de la conserver pour la vie éternelle. Notre palmarès peu glorieux nous aide à nous méfier de ce monde. C’est bien ! Acceptons donc nos faiblesses et nos échecs. Loin de nous rendre amers, notre spleen doit contribuer à notre pleine maturité psychologique et surnaturelle. Est grand en effet celui qui se sait petit. Acceptons nos faiblesses et nos échecs avec humilité mais aussi avec humour. Il est bon de savoir rire de soi-même. Grce à Notre Seigneur notre pusillanimité se verra alors transformée en magnanimité. Le magnanime est en effet celui qui est convaincu de sa misère mais pleinement confiant en Dieu. Fort de cette confiance, notre combat sera généreux. Finalement, son joug est vraiment doux, et son fardeau léger. Abbé John BRUCCIANI
Le coin pratique : ce qu’il faut savoir
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